samedi 17 mai 2008

Dossier historique : La France et l'Egypte à la fin du XVIIIe et XIXe siècles : archéologie et politique.

© Eosclio

Introduction :


¤ Pour les Occidentaux, l'Egypte ancienne possède un véritable pouvoir de fascination cependant, jusqu'à la découverte du déchiffrement des hiéroglyphes, notre seule source d'informations sur l'Egypte pharaonique s'est limitée aux récits de voyageurs grecs et romains de l'Antiquité.
Hérodote reste dès lors le vénérable « père de l'Histoire » en ce qui concerne l'Egypte car ses œuvres préservent une foule de petits détails et de traditions orales qui, sans lui, se seraient complètement perdues - même s'il se montre lui-même très critique aux sujets des historiens de sont époque :




« Les Grecs racontent beaucoup d'histoires sans véritablement effectuer
d'enquête préalable. ».
(Hérodote).

¤ Au XVIIè siècle, les voyageurs ne se privèrent pas d'entrer dans les pyramides ou de descendre dans des puits funéraires afin d'en extraire des bouts de chair momifiés.
Le regard sur l'Egypte n'évolue alors que lentement : l'Anglais Sandys ne voit plus dans les pyramides les simples greniers de Joseph, mais Monconys par exemple continue d'y croire.
Le sphinx ressuscite la controverse : certains y voient une femme, d'autres un symbole de la crue du Nil.
¤ Les voyageurs du XVIIIè siècle, eux sont souvent chercheurs et investis d'une mission officielle. Les collections d'antiquités se développent avec des gens comme Maillet, le consul de France. Mais l'on privilégie désormais les relevés scientifiques : Maillet décrit pour la première fois l'Egypte dans sa totalité et dessine une coupe quasi exacte de la pyramide de Cheops. Les Anglais, concernés également par l'enjeu s'y intéressèrent, qui plus est ils étaient déjà dans le pays pour des raisons commerciales.




« L'histoire des débuts des fouilles des merveilles de l'Antiquité
en Egypte est
unique sur plus d'un point.
Nulle part ailleurs une armée
de conquête n'a
marché à la tête des pionniers de l'exploration… ».
(James Baikie, 1923[1]).



I - L’EXPÉDITION D’ÉGYPTE.

A / L'expédition militaire :
¤ C’est en Juin 1798 que Bonaparte débarque accompagné de 34 000 hommes et 300 navires de guerre et de transport en Egypte avec l’accord de Talleyrand[2], afin d’occuper le pays et menacer par la même les communications entre Inde et Angleterre. En effet, l’ouverture d’un commerce fructueux avec l’Inde à travers Suez porterait un coup fatal aux Anglais qui contrôlent à cette époque la route « circum-africaine » et d’autre part, la perte des colonies antillaises (révoltes des Noirs et menaces de l’Angleterre depuis 1793) impose la recherche de nouvelles possessions tropicales. Ils débarquèrent dès lors sur le territoire inconnu d’une civilisation mystérieuse.
¤ On ne manque pas de remarquer le goût prononcé pour l’Orient d’un Bonaparte prêt à marcher sur les traces d’Alexandre le Grand. Ce dernier jugeait en effet que la situation politique française n’était pas à la hauteur de ses ambitions et il ne voulait pas se déconsidérer par une action militaire outre-Manche. Dès février 1798, il assure donc que la lutte contre Londres devait passer par l’Egypte.
¤ Le 1er juillet 1798, la flotte française arrive à Alexandrie et le lendemain même, la ville tombe entre ses mains. La France passe un accord avec le Sultan (allié traditionnel de la France) et se présente dès lors en libératrice qui a pour objectif d’affranchir le peuple égyptien du joug mamelouk.
¤ Le 21 juillet 1798 les français s’emparent du Caire en dispersant la cavalerie mamelouk (dont l’un des deux grands chefs est Mourad Bey
[3]) à la bataille des Pyramides.




« Soldats ! Du haut de ces pyramides quarante siècles vous contemplent ! ».
(Napoléon Bonaparte à ses soldats avant la bataille des Pyramides).


Le 1er août, la flotte française en rade d’Aboukir est anéantie par l’amiral Nelson
[4]. Mais ceci n’empêche pas Bonaparte d’occuper le pays et même de le réorganiser comme il l’eut fait l'année précédente en Italie.
¤ Le calme qui s’installe ensuite reste précaire comme en témoigne l’insurrection du Caire, totalement imprévue, trois mois seulement après l’arrivée des Français. De plus, d’une part les soldats français, en prise avec les révoltes, saisissent assez mal les enjeux de cette campagne, l’Angleterre étant absente, d’où des débordements,




« Les soldats ivres parcourent la ville pour chercher les
femmes. ».
(Chanson populaire égyptienne) ;

d’autre part, l’administration étant toujours plus soucieuse de contrôle et avide d’argent, elle multiplie les procédés bureaucratiques et les taxes.
¤ Plusieurs aspects de la société occidentale de l’époque heurtèrent les Egyptiens : par exemples, la femme Européenne qui visite les ateliers avec les hommes a un réel statut public qui est pour le peuple d’Egypte une inadmissible licence, non une émancipation ; de plus l’égalité bouscule un pays fortement hiérarchisé, où l’esclavage domestique subsiste toujours.
¤ La France devient dès lors une force respectée mais haïe, qui ressuscite les Croisades, toujours vivantes dans la mémoire collective de l’Orient. Pourtant, les dirigeants français tentèrent réellement de comprendre La société égyptienne en orientant les travaux de l’Institut d’Egypte vers les coutumes et institutions du pays.
¤ La lassitude et la rancœur gagne vite les Egyptiens ce qui préfigura des mouvements nationaux auxquels Bonaparte se heurta rapidement. Le 22 août 1799, il regagne la France et laisse à Kléber le soin de poursuivre l’œuvre qu’il a entreprit.
¤ L’occupation de l’Egypte se termine le 2 septembre 1801 lorsque les Français évacuèrent totalement le pays, elle reste pour Bonaparte un désastre militaire et pour certains une néfaste occupation avec son lot de massacres, d’exactions et d’injustices. Cependant l’arrivée des Français sur le sol Egyptien est le véritable point de départ de la modernisation du pays et qui plus est, elle permit un nouveau pas dans la constitution de l’archéologie moderne.




« L’Egypte fut une province de la République romaine, il faut qu’elle le
devienne de la République française. La conquête des Romains fut l’époque de la
décadence de ce beau pays, la conquête des français sera celle de la
prospérité. ».
(Talleyrand, Ministre des Relations extérieures du
Directoire, 1797).
B / L'expédition scientifique:


1) La commission des sciences et des arts de l’armée d’Orient :
¤ Bonaparte emmena avec lui près de 175 civils (savants, artistes et ingénieurs confirmés ou débutants), échantillon de l'élite culturelle des Lumières et de la Révolution, qui y formèrent la Commission des sciences et des arts de l’armée d’Orient. En firent partie, Berthollet (chimiste), Geoffroy Saint-Hilaire (naturaliste), Monge (géographe) et Vivant Denon qui devait ensuite aménager le Louvre.
¤ Tout ces civils furent emmenés afin de faire l’inventaire systématique de la patrie mythique des sciences et des arts, c'est-à-dire dans une démarche avant tout encyclopédique. Comme les officiers et ingénieurs de l'armée ceux-ci participent donc à la gestion du territoire.
¤ Les savants ne refusèrent pas de témoigner qu'une révolution technique voir sociale, était en marche en Egypte lorsque la France dut abandonner la conquête de Bonaparte. La brièveté de l'occupation française est la seule cause de l'échec de cette modernisation car la mise en place d'une telle politique culturelle impliquait un long terme. Mais un transfert de technique eut bien lieu,





« Un des plus sûrs moyens d'accélérer la splendeur d'une colonie [était]
d'instruire ses habitants par tous les moyens possibles. ».
(Jacques-François
Menou
[5]).
¤ La commission des sciences et des arts répond à une double tradition : tout d'abord celle des grands voyages scientifiques comme ceux du XVIIIè siècle (Bougainville, La Pérouse) et celle des commissions intellectuelles et artistiques (Belgique et Italie) lors des conquêtes révolutionnaires.
¤ Les ingénieurs français se font dès lors humbles collectionneurs et copistes aussi fidèles que le permettent les pénibles conditions : obscurité, sable, canicule, croquis à la sauvette (dû au départ de la troupe ou à la menace bédouine).

2) L’apport de Vivant Denon :
¤ Dominique Vivant Denon (17471825) est l’une des grandes figures de la Commission. Ami de Bonaparte et formé à l’école du comte de Caylus, il est dessinateur, graveur et écrivain de renom.
¤ Il vit dès le départ l'apport que pourrai apporter les relevés pratiqués en Egypte ;



« Amasser sans système et rassembler des monuments qui offrent des rapprochements et des rapports, si ce n'est donner la lumière, c'est battre la pierre dont s'échappe l'étincelle qui la produit. ».
(Vivant Denon).



¤ C’est lui qui est à l’origine de la redécouverte de l’Egypte antique. En effet il y séjourne dès juillet 1798 invité par Bonaparte à prendre la tête de la mission et y multiplie les explorations. Il devait cataloguer les monuments égyptiens, dans les conditions les plus difficiles même s'il était averti des choses de la guerre et de ce qu'allait lui réserver cette dure campagne, mais ceci ne lui fit pas peur:


« J'étais accoutumé au bivouac, et le biscuit de munition ne m'épouvantait pas.
Je ne crains plus de manquer que de temps, de crayons, de papiers et de talent. ».
(Vivant Denon).

Denon est par ailleurs le premier Européen à découvrir intact, et in situ, un rouleau de papyrus.
La raison de son entrain est qu'il va « défricher un pays neuf », pénétrer le mystère d'une contrée dont les Européens n'avaient encore une connaissance que très superficielle, car les voyageurs n'avaient pas été au-delà de quelques kilomètres du Nil. Son expédition va donc être une révélation aux Français des splendeurs architecturales que l'Egypte garde.
¤ Il s'enfuit d'Egypte en octobre 1799 en même temps que Bonaparte et en 1802 il consigne tous les résultats dans Voyage dans la Basse et la Haute-Egypte pendant les campagnes du Général Bonaparte.
Cet ouvrage, très imagé, révèle dès lors au public français puis européen l’art et l’architecture égyptienne, que Denon met d’ailleurs au même niveau que l’art grec. On a ainsi un élargissement de l’objet archéologique qui ne se cantonne plus au monde gréco-romain : les vestiges l’emportent donc sur les textes, les hiéroglyphes n’étant pas encore déchiffrés (ils le seront en 1822).
¤ En 1804, Denon est nommé directeur général des musées. C'est lui qui créé le musée Napoléon devenu depuis musée du Louvre.

3) L’institut d’Egypte :
¤ Commission des sciences et des arts se déploie à travers le cadre institutionnel de l’Institut d’Egypte, créé le 22 août 1798 (5 fructidor An VI) par Bonaparte. Celui-ci est calqué sur le modèle de l’Institut de France dont faisait partit Bonaparte depuis 1797, créé à Paris trois ans plus tôt, il devait dès lors propager les connaissances acquise sur l’Egypte ancienne.
¤ Cependant il a souvent été remarqué que l’Institut n’avait pas de visées archéologiques précises. (D’ailleurs dans l’arrêté du 5 fructidor on parle de « faits [...] historiques » qui est un terme très généraliste). C’est pourtant à travers cette institution que se feront les principales découvertes archéologiques.
¤ En effet les topographes et ingénieurs se feront archéologues de circonstance (Dubois-Aymé, Jollois, Villiers du Terrage…) en délaissant leur activité principale au profit des monuments pharaoniques. Ainsi l'égyptomanie était née.
¤ En 1859, l'Institut ressuscita au Caire, notamment sous l'impulsion de Mariette et du docteur Schnepp, sous le nom d'Institut égyptien, il présente dès lors la culture cosmopolite de l'Egypte alors réformée à travers des bulletins et des mémoires.


4) La découverte de la pierre de Rosette : ¤ C'est en 1799, par hasard, que Pierre Bouchard découvrit la fameuse pierre à Rosette (ville située à l'est d'Alexandrie) lors de la construction du fort Julien.
¤ La pierre en basalte noir portait une inscription trilingue (hiéroglyphes, démotique, grec) et transcrivait un décret de Ptolémée V Epiphane, écrit par des prêtres égyptiens réunis à Memphis, daté de l'an IX de son règne (196 av. J.-C.).
¤ La pierre malheureusement brisée se retrouva vite entre les mains de l'Institut d'Egypte, cependant l'actualité militaire de l'occupation de l'Egypte eut pour conséquence l'abandon de la pierre aux Anglais qui est déplacée au British Museum où l'on peut d'ailleurs encore la voir.
¤ Grâce à celle-ci, qui fournissait la première base rationnelle au déchiffrement, l'orientaliste français Isaac Silvestre de Sacy identifia l'emplacement des noms propres dans le texte démotique puis le Suédois David Akerblad et l'Anglais Thomas Young en lire quelques signes. Mais ce ne furent que de modestes succès qui firent retomber l'enthousiasme de l'apport que pouvait amener la pierre.



II - L'ÈRE DES SAVANTS.

¤ Le "rêve oriental de Bonaparte" permis de découvrir toute une partie inconnue de l'Antiquité mais aussi de définir les statuts de l'Institut d'Egypte à travers ses méthodes.
¤ Par ailleurs la diversité des disciplines présentes dans la Commission des sciences et des arts forma la figure de l'archéologue idéal à travers celles-ci.

A / La Description de l'Egypte :



« Ce monument national atteste que les véritables conquérants de l'Egypte, de 1798 à 1801, étaient les savants de l'expédition, et non les militaires. ».
(Ibrahim el-Mouelhy[6]).

¤ De retour en France et à l'aide de leurs relevés, aquarelles, notes et descriptions qui n'avaient pas été interdites par les Anglais, le membres de la Commission rédigèrent La Description de l'Egypte, ou recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Egypte pendant l'expédition de l'armée française (1809 – 1822) qui va représenter une œuvre d'une ampleur considérable pour l'archéologie du XIXe siècle. Une commission est même spécialement créée en 1802 pour s'occuper de la publication dont le but était de regrouper dans un ouvrage unique les recherches issues de l'expédition.


¤ L'ouvrage, qui paru en neuf volumes in-folio (mémoires et descriptions) accompagnés de dix tomes de planches et de deux atlas de planches géantes (dont il fallu par ailleurs créer un format spécial: le "grand jésus"), est divisé en trois parties : les "Antiquités", l'"Etat moderne" et l'"Histoire naturelle". Une carte topographique s'ajoutera dès 1828 afin de clore l'œuvre qui, mise à disposition du public, va faire découvrir l'Egypte à l'Occident.
Les études fournies dans la Description de l'Egypte firent de l'expédition d'Egypte le modèle obligé des futures expéditions scientifiques et militaires mais elle eut également pour effet, sinon pour but, d'une part de masquer l'échec militaire, politique voir économique de l'expédition ; et d'autre part de populariser l'orientalisme en France, popularisation préparée par le Voyage dans la Basse et la Haute-Egypte de Vivant Denon (1802).



B / Champollion et le déchiffrement des hiéroglyphes:

« Je tiens l'affaire ! ».
(Jean-François Champollion, le 14 septembre 1822).


¤ Jean-François Champollion naît dans le Lot le 23 décembre 1790. Dès l'enfance il fait preuve d'un goût sans limite envers l'histoire et la philologie à l'exemple de son frère aîné, Jacques-Joseph, qui aura un rôle majeur dans sa vie.
En peu de temps et hors de toute structure scolaire (on dit qu'il appris à lire seul) il acquit la maîtrise du grec, du latin, de la plupart des langues sémitiques et des langues vivantes européennes (persan, sanscrit, chinois), et surtout une connaissance quasi encyclopédique des travaux historiques publiés en son temps.
¤ En 1802, il rentre par l'intermédiaire de son frère, dans l'entourage du mathématicien Joseph Fournier qui est l'une des gloires de l'expédition de Bonaparte; cette rencontre va déterminer de sa vocation. Il commence dès lors à réunir les matériaux de ses futures recherches : copies de monuments, relevés d'inscriptions, citations de la Bible et des auteurs classiques.
Il découvre qu'il devrait y avoir une parenté entre l'égyptien pharaonique et le copte[7] auquel il accorda donc toute son attention, et toutes les connaissances qu'il acquis dans ce domaine s'avérèrent fondamental par la suite. Cependant en l'absence d'un texte bilingue (indispensable à tout déchiffrement), on ne pouvait accepter ou refuser les hypothèses. La seule certitude était que les «cartouches» notaient des noms de souverains.
¤ C'est en 1808 que Jean-François Champollion semble avoir pris connaissance du texte de la pierre de Rosette grâce à de nombreuses copies reproduisant plus ou moins approximativement le texte se trouvant dessus. ¤ Il découvre en 1821 que le système hiéroglyphique est plus complexe que ce qui était espéré : en effet, dans un texte et jusque dans un même mot coexistent des signes idéographiques (notant un sens) et des signes phonétiques (notant un ou plusieurs sons). Dès lors il suppose que seul les consonnes et semi-consonnes ont pu être écrites, ainsi serait noté "P-T-Ô-L-M-Y-S" pour "PTÔL(e)M(a)Y(o)S". Cependant Champollion manque encore de confirmation décisive pour présenter ses travaux. Cette confirmation il l'obtint grâce au nom de Cléopâtre (Kleopatra).







¤ Après avoir reçu une planche d’un obélisque de Philae au début de l'année 1822, il découvre que dans le cartouche de Cléopâtre, le T du nom n'est pas le même que dans celui de Ptolémée ce qui prouve donc que pour un même son, plusieurs hiéroglyphes de formes différentes peuvent être employés, ils les baptisent d'ailleurs d'"homophones". Il appuie cette hypothèse d'une observation effectuée où il remarque que pour 500 mots grecs il faut trois fois plus de hiéroglyphes. Il a dores et déjà virtuellement déchiffré les hiéroglyphes par le fait d'avoir formulé cette hypothèse.
¤ Le 14 septembre 1822, il se consacre quelques heures à l'études de relevés et lit, à l'aide de sa méthode deux cartouches "RÊ-M-S-S" et "THOT-M-S" qu'il associe aux nom cités dans la Bible : Ramsès et Thoutmosis. Il découvre donc la clé du déchiffrement des hiéroglyphes muets depuis l'Antiquité, ce qui fit de lui à 31 ans, le déchiffreur d'une énigme vieille alors de vingt siècles. Par l'apostrophe fameuse « Je tiens l'affaire ! », il l'annonce à son frère avant de s'effondrer inconscient, terrassé par l'émotion.



¤ Le déchiffrement va donc se dérouler en deux temps : En 1822, après quatorze ans d'études et aidé par la lecture d'un obélisque de Philae, Champollion parvient à déchiffrer les noms de souverains étrangers (Ptolémée et Cléopâtre par exemple). Il annonce cette découverte dans sa Lettre du 27 septembre 1822 adressée à M. Dacier (Secrétaire Perpétuel de l'Académie des Inscriptions et des Belles-lettres) intitulée "De l'alphabet des hiéroglyphes phonétiques employés par les Egyptiens pour inscrire sur leurs monuments les titres, les noms et les surnoms des souverains grecs et romains". Chaque planche était par ailleurs signée d'un curieux cartouche, où quiconque avait assimilé les explications de l'auteur pouvait lire SHAMPULLION.
Puis deux ans plus tard, en 1824, il parvient à déchiffrer la nature du système employé par les Egyptiens. Il expose donc cette découverte dans son fameux Précis du système hiéroglyphique paru la même année où l'on peut lire un exposé fidèle, qui fait comprendre, enfin, qu'une science est née.
¤ Les découvertes de Champollion sont paradoxalement mieux acceptées à l'étranger sauf bien sûr par Young, l'Anglais avec qui il était en "compétition".
Champollion est cependant nommé conservateur des antiquités égyptiennes du Louvre en mai 1826. Ce département, nouvellement créé sur ordre du roi Charles X, fut préparé par l'achat par l'égyptologue d'antiquités en Italie (Turin, Rome, Florence) afin de constituer la collection.
¤ Champollion convainc le gouvernement en 1828 d'organiser une expédition scientifique en Egypte avec le duché de Toscane. Ils arrivent le 18 août 1828 et restent jusqu'en décembre 1829, Champollion part en Egypte accompagné de l'Italien Rossellini (son unique élève), d'architectes et d'artistes afin de tester sur place le système qu'il avait découvert. A son retour d'Egypte il publie les Monuments de l'Egypte et de la Nubie et exulte :


« J'ai […] amassé assez de travail pour une vie entière. ».
(Jean-François
Champollion à son retour d'Egypte en décembre 1829).


¤ En mars 1831, la création d'une chaire d'égyptologie au Collège de France consacre l'existence de la nouvelle science et par la même Champollion.
¤ Champollion meurt le 4 mars 1832 après une longue agonie alors qu’il était à demi-paralysé depuis décembre. Sa Grammaire égyptienne paraîtra posthume, grâce à son frère aîné Champollion-Figeac qui écrit dans la préface :




« Ce dépôt sacré a été religieusement gardé et il est aujourd'hui fidèlement rendu à la science qui en était la légitime héritière. ».
(Jacques-Joseph Champollion-Figeac).


¤ De nombreux ouvrages sur la vie de Champollion ainsi que sur son œuvre parurent et paraissent toujours à l'heure actuelle, ce qui témoigne bien de la fascination qu'exercent les hiéroglyphes sur l'imagination et explique également cette popularité.

« Lorsque le monde réel pèse sur notre cœur, le monde idéal doit être notre refuge, et ce monde-là, c'est l'étude : elle nous fait oublier momentanément les dégoûts de la vie en nous transportant hors de nous-même; en élevant nos idées elle double notre courage et nos jours se passent moins sombres et plus rapides. ».
(Jean-François Champollion, 1826).



III - AVENTURIERS ET VOLEURS.


A / Belzoni et Drovetti :
¤ L’expédition d’Egypte de Bonaparte et la parution de La Description d’Egypte ont donc eu pour conséquence la mise en place d’une archéologie nouvelle mais également et malheureusement du pillage généralisé.
La première moitié du XIXe siècle est donc empreinte à une course entre aventuriers-pilleurs et archéologues où chacun essaye de découvrir les richesses de l’Egypte avant l’autre. Le Nil sera donc pendant près d’un siècle un centre d’antiquité, partant d’Abou Simbel à Alexandrie en passant par la vallée des rois Saqqara et Abydos.
¤ Parmi les aventuriers les plus marquants se trouve l'Italien Giovanni Belzoni (1778–1823), également surnommé le "Titan de Padoue". Très grand, il fit tout d’abord partit d’un cirque. Il se rend en 1814 en Egypte afin de présenter un système de pompage hydraulique mais étant donné le peu de succès de son invention, il se mit vite au service d’un consul, le général Henry Salt. Il s’agit pour lui de pourvoir musées, diplomates, amateurs et collectionneurs en tout genre de petites œuvres transportables. Il se lance donc dans la collecte d'antiquités égyptiennes.
Recherchant des sites non exploités, il arrive en septembre 1815 à Abou Simbel. Avec ses compagnons il n'hésite pas à creuser dans le sable pour être les premiers à pénétrer dans le spéos principal de Ramsès III, un temple non pas construit mais taillé directement dans le roc.Ses aquarelles de qualités et son récit très détaillé nous renseignent sur ses trouvailles et l'enlèvement parfois colossal qu'il a opéré durant son séjour. Le but de Belzoni n’est dès lors pas archéologique même s’il apporte sa contribution à la découverte de nouvelles œuvres et à la construction de l’archéologie.

¤ Belzoni croisera le chemin de Bernardino Drovetti (1776 – 1852) qui est à la France ce que Belzoni est à l’Angleterre. Drovetti participe personnellement à la recherche des antiquités et dirige lui-même les opérations, toutefois ce sont surtout ses agents, peu scrupuleux qui pillent sans vergogne (le plus habile étant sans doute Jean-Jacques Rifaud). Les collectes-pillage de Drovetti seront par ailleurs à l’origine des trois plus grandes collections d’Europe, à savoir celles de Paris, Berlin et Turin.




B / La rivalité anglo-française : ¤ A travers Salt (donc Belzoni) et Drovetti nous pouvons apercevoir la rivalité constante entre la France et l’Angleterre à cette époque et plus précisément à l’égard du territoire égyptien (rappelons dès lors que l’expédition de Bonaparte avait entre autres pour cause de contrer les Anglais dans leur commerce avec l’Inde).
¤ Cette rivalité se déplace ainsi du terrain militaire au terrain diplomatique donc archéologique (l’archéologie étant intimement liée à la diplomatie pratiquée à l’égard du pays « occupé » mais aussi aux représentants d’autres pays se trouvant sur ce territoire).
¤ Les affrontements à travers découvertes interposées finiront parfois par la violence et donc par le partage de l’Egypte entre la France et l’Angleterre, avec pour frontière naturelle le Nil : la rive gauche pour l’Angleterre et la rive droite pour la France.

C / Auguste Mariette :





¤ Auguste Mariette (1821 – 1881) consacra sa vie à la découverte de l'histoire pharaonique et reste le premier protecteur des racines culturelles du peuple égyptien.
On remarqua vite les multiples facettes de son intelligence et la variété de ses dons. Il était en effet doué pour les lettres, les mathématiques et le dessin.
¤ En 1845, l'un de ses parents proches et dessinateur de Champollion en Egypte, son oncle Nestor l'Hôte, vint à mourir. Ayant laissé une masse de documents, Mariette se proposa de les classer et se passionna dès lors pour l'Egypte. Il obtint par la suite un emploi d'assistant à la conservation des Antiquités égyptiennes au musée du Louvre. En 1850, il fut chargé d'une mission en Egypte; passionné par tout ce qu'il découvrait, il voulut se consacrer à la sauvegarde des monuments les plus anciens, ceux des pharaons.
¤ En 1857, il obtint du vice-roi Saïd la création d'un organisme qui superviserait les fouilles en Egypte et empêcherait les pillages clandestins; c'est ainsi que naquit le Service des antiquités de l'Egypte, dont il fut le premier directeur.
Il multiplia dès lors les campagnes de sauvetage, les chantiers de fouilles et fonda le musée archéologique de Boulaq, plus tard transféré au Caire.
¤ Mariette explora tous les sites de la vallée du Nil et en sauva un bon nombre par ses travaux et ses interventions contre les pillages.
Son travail fut reconnu par le vice-roi qui lui accorda le titre de "pacha", c'est-à-dire le titre honorifique le plus haut de l'administration.



« Il a fondé la plus grande entreprise scientifique de notre siècle. »
(Ernest Renan[8], 1865, au sujet de Mariette)




IV - L'ÉGYPTE RETROUVÉE.


A / Le département des antiquités égyptiennes du Louvre :
¤ Une conséquence de l'Expédition d'Egypte fut la création d'un département qui lui est entièrement consacré au musée du Louvre, département créé le 15 mai 1826 par le décret de Charles X.
¤ Dès lors il existe donc deux départements au musée du Louvre : les antiquités gréco-romaines et les antiquités égyptiennes ce qui illustre l’importance et la reconnaissance de l’Egypte à cette époque.

B / L'égyptomanie : ¤ Le déchiffrement des hiéroglyphes contribua beaucoup à l'émergence et au développement de l'égyptomanie même si le style « retour d’Egypte » existait antérieurement à l’expédition, notamment grâce au roman de l’abbé Terrasson paru en 1731 : Sethos, histoire ou vie tirée des monuments, anecdotes de l’ancienne Egypte ; ou encore au rite égyptien de Cagliostro par exemple.
¤ Tout d'abord ce furent les membres de la Commission de sciences et des arts qui furent touchés, ils négligèrent dès lors leur propre activité pour l'étude des antiquités égyptiennes trouvées. Après la parution de la Description de l'Egypte ce furent les Français et les Européens qui se passionnèrent de près à l'Egypte ancienne : succès en librairie de l'ouvrage et répercussions multiples sur les arts et la littérature.


Conclusion :


¤ Ce que retient le peuple égyptien de l’expédition d’Egypte est assez mitigé. Certains y voient un pur colonialisme alors que d’autres y voient l’approche des Lumières. Quoi qu’il en soit elle soulève bien des interrogations notamment sur les causes de cette opération mais aussi sur la place qu’il doit lui être accordé dans la construction d’une nouvelle identité nationale en Egypte.
¤ La Description de l'Egypte et la découverte de la pierre de Rosette, notamment ont contribué à transformer l'égyptomanie des cabinets de curiosité en une science nouvelle : l'égyptologie. En effet quand les antiquaires ne faisaient que collectionner, les ingénieurs de Bonaparte cherchaient à comprendre. C'est ainsi que furent fondées les premières méthodes de l'archéologie scientifique. L’antiquaire se spécialise et acquiert un statut autonome, le métier d’archéologue est né ; l’amateur éclairé des siècle précédents a donc laissé place au scientifique qui s’occupe du seul passé. L'Egypte servait alors d'observatoire et de laboratoire, dont la quête de connaissances conduisait les savants aux confins de l'Egypte.
¤ A la fin du XIXè siècle, l’objet archéologique est reconnu comme spécifique, c’est un témoin du passé, une science particulière lui est donc attribuée : c’est la naissance de l’archéologie moderne.
Naît par la même une triade qui est à la base même de l’archéologie : le savant, l’objet et le public.

BIBLIOGRAPHIE :
* JOCKEY (Philippe), L'archéologie, édition Belin, 1999, 400 pages.
* GRANDET (Pierre), L’Egypte ancienne, édition Points Seuil Histoire, Paris, 1996, 314 pages.
* BAVAY (Laurent), GALLET (Laetitia), TALLET (Pierre), L'Egypte : tout ce qu'on sait et comment on le sait, édition De la Martinière Jeunesse, Paris, 2003, 182 pages.
* Napoléon en Egypte, édition du Rocher, Paris, 2000, 144 pages.
* SOLÉ (Robert), L'Egypte, passion française, édition Seuil, Paris, 1997, 416 pages.
* VERCOUTTER (Jean), A la recherche de l'Egypte oubliée, édition Découverte Gallimard, Paris, 2005, 176 pages.
* TYLDESLEY (Joyce), Egypte : l'histoire de la redécouverte d'une civilisation disparue, édition Plon, Paris, 2005, 296 pages.

 
Notes :
[1] Cité dans A Century of Excavation in the land of the Pharaons.
[2] Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord (1754 - 1838), communément nommé Talleyrand, était un homme politique et diplomate français. Lors de l'expédition de Bonaparte il était ministre des affaires étrangères.[3] Mourad Bey (1750-1801) était un chef mamelouk qui s'est illustré en Égypte en s'opposant à l'armée de Bonaparte pendant la campagne d'Égypte.
[4] Général anglais.
[5] Jacques-François de Menou, baron de Boussay (1750 - 1810) était un général français. En 1798, il commande l'une des cinq divisions de l'armée d'Orient lors de la campagne d'Égypte. Après l'assassinat de Jean-Baptiste Kléber, il lui succède à la tête de l'Égypte comme général en chef.
[6] Historien égyptien.
[7] Langue des Chrétiens d'Egypte, désignés par le même mot.
[8] Joseph Ernest Renan (1823 – 1892) est un écrivain, philosophe, philologue et historien français.

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Archéologie du livre.


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Introduction.


*Antiquité, écrits sont sur papyrus (tiges de roseaux), les feuilles sont collés les unes aux autres. Les livres sont en fait des rouleaux (volumen). Pose des problèmes (retour en arrière).
* Livre dans la forme que nous lui connaissons (forme rectangulaire) apparaît au Is de notre ère: le codex. Il supplante les rouleaux dès le Vè s.
* Une seconde révolution apparaît avec l'imprimerie (1470) qui permet les textes en série.
* Codex étaient préparés, mis en cahier dans des scriptoria (local de l'abbaye) avant d'être confiés aux scribes et enlumineurs puis aux relieurs.


I – Les matières de l'écriture.


A/ Le support.
* 2 nouveaux supports apparaissent: le parchemin (qui existe déjà mais qui ne s'est pas développé, commence à concurrencer le papyrus au IVè s) et le papier (derniers siècles du Moyen Age).



  1. Le parchemin. * Peau de mouton, de veau ou de chèvre. Il se généralise au VIIIè s en partie en raison de ses qualités: robustesse supérieur au papyrus. Les peaux sont nettoyées, poncées, pellées, étirées puis taillées.
    * Le prix des peaux à souvent conduit au réemplois de pièces dont l'intérêts avait disparu (documents administratif périmés, livres d'auteurs classiques…): elles s'appellent palimpsestes. On les lavaient et grattaient pour faire disparaître l'encre. Image de la société d'économie. Les premiers textes écrits peuvent parfois être révélés par un traitement chimique ou optique.
    * A partir du XIVè s l'utilisation du parchemin dans l'usage courant décline car papier (qui était onéreux car importés d'Asie puis d'Espagne) devient plus résistant à la déchirure, son prix baisse et les moulins à papiers de multiplient.
    Dès le Xvè s il n'est plus que la matière des manuscrits de luxe et des actes solennels mais l'imprimerie l'effacera définitivement.


  2. Le papier.
    * Apparaît au XIIè s. Est rare et cher pendant près de 7 siècles càd tant qu'il est fabriqué feuilles par feuilles en faisant appel à des matières premières très élaborées: chiffons, lin, chanvre et coton).
    * En fait, apparaît en Chine dès le IIè s, mais ils gardent le secret pendant VIIIè s : pendant bataille Samarkand entre Chinois et Arabes que prisonniers chinois révèlent secret => Espagne.
    * Moulins à papier usent force de l'eau pour broyer chiffons de lin, chanvre et coton à l'état de pâte papetière.
    * Feuilles faites une par une à l'aide de formes (cadres rectangulaires en bois, grillagé avec des fils vergeurs en longueur et des fils de chaînette dans la largeur plus épais). Etaient plongées dans une cuve remplie de pâte puis retirées. L'eau s'écoulait en créant un matelas fibreux. On le renversait sur un feutre, buvard, feutre, planche et on mettait dans une presse pour finir d'enlever l'eau. La feuille est assez solide pour être mise à sécher sur des cordes.
    * C'est la "méthode de la cuve".
    * On peut rajouter un filigrane, visible dans l'épaisseur de la feuille => fine toile métallique avec une certaine forme. Indique la provenance.


B/ Encres et pigments.



  1. Encres. * 2 formes d'encres:
    Au carbone, avec de la fumée et des gommes arabiques (sève d'acacia), le tout dilué dans de l'eau.
    Métallo-galliques, avec noix de galle (excroissance sur tiges dues à des piqûres d'insectes) => substance noire dans la déformation.
    * Sont stockées dans des sacs de parchemin ou des vessies.


  2. Pigments. * Nombre d’ornements des livres, d'enluminures (principales sources pour voir les pigments) nous sont parvenus, leurs couleurs ayant été protégée de la lumière à l'intérieur des manuscrits. Ils sont donc extrêmement précieux car leur réalisation a demandé beaucoup d’efforts et de temps (parfois des années) aux copistes et aux peintres.
    *Existe des recueils techniques (par Isidore de Séville, Vincent de Beauvais…) qui donnent les recettes réalisées avec les pigments.
    *Principalement des pigments minéraux produits localement (bleus de lapis-lazuli, verts de cuivre ou terres vertes, blanc de plomb).
    *Sont les mêmes colorants que pour les teintures. L'extrait de teinture est mélangé à des substances minérales qui le rendent insoluble.


II – La réalisation matérielle du manuscrit.


A/ Le cahier.



  1. Le format. * On se contente souvent de les couper au format désiré puis de grouper l’ensemble.
    Papiers et parchemin sont taillés pour obtenir une forme rectangulaire presque carrée.
    * Le nombre de feuillet par cahier varie mais les plus ancien (Mediceus de Virgile) sont composés de 8 feuillets soit 16 pages. C’est pratiquement une règle jusqu’au 13s où le nombre de feuillet grandi parfois jusqu’à 36 feuillets.
    * Format dépend aussi de règles qui dépendent : de la matière employées, des commodités esthétiques.


  2. Le pliage. * Feuillets peuvent être à plat (in plano) mais aussi: in folio (en 2), in quarto (en 4), in octavo (en 8).

  3. La règle de Gregory. * Pour les parchemin, il y a 2 côtés: côté poil et côté chair. Côté poil fait des petites tâches (racine du poil) et le parchemin est plus foncé que le côté chair qui est lisse et très blanc.
    * La règle de Grégory prévoit de mettre face à face 2 côtés de même type (chair face à chair et poil face à poil) pour des raisons esthétique (éviter une trop grande différence de couleur).

B/ La mise en page.



  1. Piqûres. * Trous très fins qui préparent la réglure (système de traits qui délimite la surface pour écrire et guide l'écriture).
    * Percés à l'aide d'une pointe, d'un canif ou d'un stylet.
    * Elles nous apportent des renseignements sur le livre:
    Forme des trous => type d'instrument utilisé (pointe de canif, poinçon) et si on a utilisé une règle (ligne droite) ou un compas (ligne pas droite).
    Leur emplacement => type de réglure.
    Le nombre de feuillets piqués en même temps.


  2. Réglure. * Lignes horizontales et verticales qui délimitent l'espace réservé à l'écriture.
    * Etaient réglés à la pointe sèche, au début du XIIè s également à la mine de plomb et dans la 2nde moitié du XIIè s les scribes utilisent aussi de l'encre.
    * Schéma de réglure:
    Lignes horizontales: rectrices (pour guider l'écriture) et marginales (dans les marges de tête et de queue).
    Lignes verticales: justification (pour limiter l'écriture à gauche et à droite) et marginales (dans les marges de fond du cahier et de gouttière).

C/ Systèmes de numérotation.
* Ordre dans lesquels les feuillets doivent être cousus puis lus sont indiqués au relieur et au lecteur.



  1. Numérotation des feuillets.
    * 2 types de numérotation:
    Foliation: numéroter individuelle ment chaque feuillet (ensemble recto + verso).
    Pagination: numérotation de la page, distingue le recto du verso.
    * Dérive de l'habitude numéroter les colonnes de texte dans les rouleaux.


  2. Signatures. * Donnent à chaque cahier son numéro d'ordre dans le manuscrit.
    * Positionnées en fin de cahier, au début ou les deux.
    * Sont des chiffres, lettres ou des signes.


  3. Réclames. * Annonce le texte qui doit apparaître dans le cahier suivant (réclame de fin de cahier) ou au feuillet suivant (réclame intérieure).
    * Rôle apparenté à celui des signatures.
    * Réclame de fin de cahier: copiste note le début du texte qui commence le cahier suivant. Première fois apparu dans les manuscrits wisigoths des X et Xiè s.
    * Réclame intérieure: comme la foliation, indique la disposition des feuillets à l'intérieur du cahier.

Conclusion.


* Après avoir été mis en cahier, et les numérotations faites, le livre est écrit et enluminé: écrit avec des plumes d'oies ou calames (roseaux taillés) et enluminés au pinceau et à la plume.
* Les cahiers sont ensuite reliés. On coud entre eux les cahiers dans le bon ordre.Des plats sont ensuite ajoutés sur le dessus et dessous (bois, carton ou tas de manuscrits) puis sont recouverts de cuir. Les premier et dernier feuillet sont collés aux plats par soucis d'esthétisme et pour renforcer la couverture.
* Vient ensuite le travaille du doreur qui exécute le décor: utilise des fers à dorer (fleurons, filets) et des roulettes. On pousse directement l'instrument sur le cuir (reliure à froid), ou on pousse des feuilles d'or posé sur le cuir (reliure dorée).
* Les ouvrages les plus précieux sont recouverts d'ivoire (réutilisées), orfèvreries et plus tard d'étoffe.
* Vers 1460-1470, au manuscrit se substitue le livre imprimé sur papier. Il s'agit d'une technique d'impression des textes au moyen de caractères métalliques mobiles car on recherchait depuis longtemps un "art d'écrire artificiellement" qui ne requît l'intervention ni de la main ni de la plume. Le codex est plus maniable et moins coûteux. En même temps le livre cesse d'être la propriété d'une communauté pour devenir celle d'un individu.

BIBLIOGRAPHIE :

¤ S. Cassagnes-Brouquet, La passion du livre au Moyen Age, Ouest France, Rennes, 2003.

¤ Découverte du laboratoire des Archives Nationnales de France.

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mercredi 30 avril 2008

Dossier historique : L'exercice du pouvoir politique au XVIIe.


La reconstruction du royaume

(1598-1624)


Henri IV, premier roi Bourbon

Le gouvernement de la France
Large maison avec de nombreux offices: Grand Maître, Grand Chambellan, les deux premiers gentilshommes, le Grand Ecuyer.
"Compagnons du roi": le premier maître d'hôtel, le maître de la garde-robe.
Rôle important des secrétaires: secrétaire d'Etat qui se différencie du secrétaire de la chambre.
Deux officiers ont une fonction politique: Le chancelier et le connétable. Puis dès 1601 le Grand maître d'artillerie avec Sully (futur surintendant des finances, des bâtiments et des fortifications.). Ces trois Hommes participaient aux Conseil des affaires.
Au conseil, deux politiques s'opposent: Sully (autoritaire et centralisatrice) et Bellièvre et Villeroy (respect des autonomies et des libertés locales).
Dispositions de gouverneurs dans les provinces: princes de sang, compagnons de toujours du roi, anciens serviteurs d'Henri III ou ligueurs alliés.
Pouvoir royal appuyé sur places fortes et leur gouverneur pour garder les côtes et les frontières.




La réduction à l’obéissance

Gouverneurs et lieutenants généraux perdent pouvoirs:ne gardent que l'autorité militaire et les droits de police générale. Nombreux gouvernements sont confiés à des princes de sang ou des proches du roi.
Parlements indisposent Henri IV car s'opposent à l'édit de Nantes. Il leur donne donc comme premier président des magistrats dévoués.
Roi oblige les bonnes villes à des emprunts forcés. Il impose également des candidats officiels à l'échevinage ou au Consulat.
Trois grands complots (1602, 1604, 1606) tente d'ébranler l'Etat. Tentative d'assassinat sur Henri IV, sur la marquise de Verneuil (maîtresse du roi) et l'affaire Bouillon ont sus être calmées par Sully.



Le ministériat de Sully
Ministériat combattant et efficace: Sully voit le salut du royaume dans la concentration du pouvoir, le renforcement de l'autorité de l'Etat, et l'enregistrement silencieux des édits.
Sully gouverne par la concentration et par une armée de fidèles. Sully "estoit tout seul le conseil des finances" (Jules Gassot).
Surintendant, il a sous ses ordres un contrôleur général, deux intendants des finances: il domine donc les Bureaux de Finances des généralités.
Grand maître de l'artillerie, il a un lieutenant général, un secrétaire fidèle. Il a donc partout dans les arsenaux des lieutenants et des commissaires.
Grand voyer de France, il a un lieutenant dans chaque généralités souvent pris dans les trésoriers de France.
Surintendant des bâtiments royaux, il est aidé d'un intendant et d'un contrôleur général.
Sully multiplie les commissaires de justice ainsi que les commissaires députés (intendants de la Justice, Police et Finances) et les agents d'inspection et de contrôle.
Primordialité de la liquidation du passé (dettes des villes) et de la question fiscale et budgétaire (baisse taille, travail de répartition et de perception par les asséeurs-collecteurs). Question monétaire importante car sans monnaie saine pas de redressement.

La reconstitution du royaume

Le renouveau de l’Eglise en France
Guerre et rupture avec Rome: crise dans l'Eglise de France. Depuis nombreux archevêchés et évêchés étaient gérés par des administrateurs provisoires.
Culte souvent plus exercé mais paix le rétablit.
Henri IV a recours au droits du Concordat pour remplir les places vacantes: faveurs des favoris même des protestants (Sully). Mais recrutement s'améliorera à la satisfaction de Rome.
Retour des Jésuites en France seulement si ils ont la nationalité française et qu'ils prêtent serment de fidélité à la monarchie.
Réformes profondes du clergé: vie personnelle des curés, revenus des curés, instruction des prêtres et qualité des prédicateurs.


Les vastes entreprises de la monarchie
Reprise économique: le royaume a souffert des guerres de religions mais il y a une "récupération biologique" (Jean Jacquart). Absence de disette et de peste dans la même période. "Si Dieu me donne encore la vie, je ferai qu'il n'y aura pas de laboureur en mon royaume qui n'ai moyen d'avoir une poule dans son pot" (Henri IV).
Répression des troubles sociaux: mécontentement car établissement de l'impôt dit "de la pancarte" (1597): résistance des villes sur les commissaires donc le roi emploi la manière forte.
Encouragement à l'agriculture: "le labourage et la paturage estoient les deux mamelles, dont la France estoit alimentée, et ses vrayes mines du Pérou" (Sully). Défense des paysans: ordonnance du 24 février 1597 qui interdit aux gens de guerre de se répandre dans les champs. Ordonnance de Monceaux (14 août 1598) interdit le port d'armes sur les grands chemins.
Les bâtiments du roi: belle architecture pour faire impression sur les souverains étrangers: travaux au Louvre, galerie entre le Vieux Palais et le Tuilleries, terrasses à Saint Germain en Laye…
Les villes : le roi intervient dans les élections municipales. Projet de les rendre plus modernes: naissance de l'urbanisme d'Etat. Prise d'une allure de capitale pour Paris.
Fortifications et les vaisseaux: organisation défensive des frontières par le surintendant des frontières (Sully).


La politique étrangère d’Henri IV
L'affaire de Savoie : La Savoie s'empare en 1588 du marquisat de Saluces, Sully prépare la poudre et les canons. Guerre déclarée le 11 août 1600. Emissaire pontifical envoyé pour négocier, paix signée le 17 janvier 1601. Royaume gagnait d'importants territoires et Sully se promettait de beaux revenus fiscaux, cohérence nouvelle au royaume mais renonçait à présence française en Italie.
Henri IV fut l'Homme des réalités, des décisions promptes et de la souplesse sans chercher à mener de longues entreprises politiques. Sully inventa plus tard la cohérence d'un plan général, "le grand dessein".
Henri IV aurait proposé aux princes européens une organisation collective pour maintenir la paix mais est plus un moyen de propagande.
L'affaire des duchés: 1609, concerne les duchés de Clèves et de Juliers. Les ducs n'avaient pas de descendants directs, Henri IV s'en mêla. Permet d'esquisser le "grand dessein" de Sully. Le roi envoie l'armée pour intervenir. Marie de Médicis, sa femme est couronnée à Saint-Denis le 10 mai 1610 pour gouverner en l'absence de son mari. Celui-ci fut tué par Ravaillac en allant rendre visite à Sully.


La France italo-espagnole de Marie de Médicis

La proclamation de la régence : facteur d’un changement politique
La Régence signifie un affaiblissement de l'autorité monarchique. Mais dès la mort du roi le parlement accepte la régence de Marie de Médicis.
Reine-mère demande alors leurs "bons avis" aux parlements. Elle conserva à ses côtés au Conseil, Sully.
Elle confirma l'édit de Nantes et accorda une assemblée des députés protestants en 1611.
L'expédition militaire préparée par Henri IV eu lieu: l'armée française chassa alors des duchés les envoyés impériaux et installa les deux prétendants protestants.
Le 17 Octobre 1610, Louis XIII est sacré à Reims.
Changements politiques à travers l'éviction des vieux compagnons d'Henri IV et par un rapprochement avec l'Espagne.
1611, Sully se retire sur ses terres. Laisse donc place à des Hommes et méthodes nouvelles à la cour. Charge du premier gentilhomme de chambre et le gouvernement de places fortes attribué au marquis d'Ancres (Picardie), mari de sa femme de chambre florentine.
Seule politique de la régente de ses conseillers est la paix intérieure. Rapprochement avec la maison des Habsbourg. Egalement une victoire pour la cause catholique. Rapprochement confirmé par négociation du double mariage (Louis XIII avec Anne d'Autriche et d'Elisabeth de Bourbon avec le prince héritier Philippe).
Seigneurs protestants inquiets. Concini cible de critiques. Le cousin du roi, Condé prit les armes en signe de protestation. Régente obligée de négocier mais ne cède pas les mariages espagnols. Roi accompagné d'une armée rappelle à une stricte obéissance des princes.
Le 27 septembre 1614, Louis XIII est majeur. Le 2 octobre lors d'un lit de justice la reine lui remit la régence et pour la remercier la nomma chef de son Conseil.
Les Etats généraux de 1614. Révolte des grands seigneurs et chute de Concini.


Les campagnes intérieures de Louis XIII
Agitation nobiliaire avec ç sa tête la reine. Mère contre le favori Luynes. Révolte à laquelle le roi envoie une expédition militaire. Bataille près de Pont-de-Cé (7 août 1620) facile à venir à bout.
Pendant la révolte nobiliaire, le roi craint un soulèvement des protestants. Louis XIII et Luynes décident d'imposer la religion dans le sud par la force. Les protestants font une assemblée à La Rochelle le 25 décembre 1620. L'armée royale met un siège devant Montauban.
Le roi veut rétablir la paix intérieure: prise de places fortes, blocage de La Rochelle, siège de Montpellier. Traité de Montpellier en octobre 1622.


La montée de Richelieu au pouvoir
Louis XIII est humilié par les sujets révoltés. Luynes se meurt. Le roi jure de ne plus se laisser conduire par un favori: Marie de Médicis rentre au Conseil en 1622. Comme gage de réconciliation, Louis XIII demande au pape de faire Richelieu cardinal (5 septembre 1622).
Au gouvernement la reine-mère reprend de l'influence. Elle est conseillère d'une politique d'intervention extérieure car elle écoute les conseils de Richelieu.
Louis XIII est hostile à Richelieu car craint l'esprit "altier et dominateur" mais Marie de Médicis intervient et le roi prend Richelieu au Conseil (1624).
Louis XIII veut lui donner un rôle de simple conseiller mais Richelieu lui devient indispensable. Il réussi à faire arrêter La Vieuville, surintendant des finances; il n'a plus de rival au conseil. En 1625, il est déclaré "principal ministre de l'Etat".



Monarchie bicéphale et tricéphale
(1624-1661)


Le « ministériat » : Louis XIII et Richelieu

Le renforcement du pouvoir royal
Richelieu impose le remaniement du Conseil: chancelier remplacé par ami de Marie de Médicis et Richelieu…
Le roi décide de ne plus faire de connétable: office d'amiral de France et connétable de France disparaissent. Ils coûtent chers et portent ombrage: au monarque seul revenait le soin de commander aux armées et aux flottes françaises.
Richelieu devient grand maître, chef et surintendant des mers, navigation et commerce de France (octobre 1626).


Les opérations militaires à l’intérieur et à l’extérieur du royaume
Richelieu conduit la politique étrangère de la France. Cherche à gagner alliés sans trop s'engager dans une guerre directe contre les Habsbourg. Succès du siège de La Rochelle conforta la situation de Richelieu auprès de Louis XIII: l'Homme d'Eglise se transforme en Homme de guerre.
Traité de Compiègne (juin 1624): liens avec les Provinces-Unies et aides financières.
Rapprochement avec l'Angleterre: mariage de Charles 1er d'Angleterre avec la sœur de Louis XIII en 1625.
Alliance avec la Savoie an 1624 en intervenant en Italie.
Seconde guerre de religion: duc de Rohan ne se résigne pas à l'affaiblissement de la cause protestante et de la politique catholique du roi. Mais battu en septembre 1625.
Siège de La rochelle: ville est la capitale du protestantisme en France. Louis craint action de Richelieu car est "Etat dans l'Etat". Cardinal fait une alliance avec l'Espagne contre les anglais, alliés à La Rochelle. Débarquement anglais avec Buckingham en 1627 mais Richelieu fait un blocus maritime. Quand la ville est affamée elle capitule. La Rochelle devient alors un port comme un autre et pas "la république huguenot e de l'Atlantique" (Bercé).
Affrontement contre Espagne et Italie: succession de Mantoue, siège de Casale, paix d'Alais (1629).


Le « Grand orage »
Refus du traité de Ratisbonne par Richelieu pour négocier conflits en Italie laissa des traces. Richelieu subit attaques des partisans de la paix et de ses adversaires politiques qui craignent une guerre entre les Habsbourgs et Louis XIII.
Reine lance offensive : "la journée des dupes" ou "grand orage"du 11 novembre 1630. Souvent présenté comme affrontement personnel entre Marie de Médicis et Richelieu. Il s'agit de l'opposition de leur deux politique.
11 novembre 1630, Marie de Médicis demande à Louis XIII de renvoyer Richelieu mais roi demanda à Richelieu de continuer à tenir le "timon des affaires". Roi écarte donc les ennemis du cardinal et la reine s'exile aux Pays-Bas.
Victoire politique de Richelieu, celle des "bons français" et la défaite des pro-espagnols.


Le régime de guerre de Richelieu

Le gouvernement de Richelieu
Projet de 1625 de renforcer dans les conseils du roi la place des gens d'Eglise et d'épée.
Exigence de la soumission de tous au salut public: abus de la Bastille et des jugements par les commissaires sans égard pour le rang noble.
Maxime de Richelieu: trilogie "servir-obéir-payer".
Nouveauté dans l'appel à l'opinion publique et dans la propagande.


Les problèmes
Finances: notamment à cause de la guerre. Emprunts aux traitants et aux fermiers d'impôts. "Crues" de taille, et de gabelles, créations d'officiers vénaux, de taxes de consommation. Augmentation du "don gratuit" du clergé.
Economie nationale: on voulait donner à la France son indépendance industrielle, maritime et commerciale (grand dessein à la Sully), mais il faudrait la paix et les capitaux.


Louis XIII sans Richelieu
Richelieu meurt le 4 décembre 1642. Le roi survit cinq mois en préservant l'héritage du cardinal. Rien de changé dans l'esprit, la politique et la composition du conseil.
Réapparition de certains exilés à la cour.
Roi organise la future régence de son fils: Conseil de régence. Il organise les places les plus importantes auprès du futur roi et nomme par exemple Mazarin chancelier.


La monarchie tricéphale et ses faiblesses

Roi, régente et cardinal-ministre
Temps de la "bonne régence": la reine est très bonne mais coléreuse et autoritaire. Elle craint pour le trône donc d'espagnole devient française. Eprouve besoin d'un tuteur, guide et modérateur.
Roi refermé, silencieux, mystérieux et "endormi" ne se "réveil" qu'à 18 ans et surprendra tout le monde. 
Perfection du ministériat absolu: reine s'unit au meilleur disciple de son ennemi Richelieu.
Dégradation politique et économique: de 1644 a 1647, remuements populaires, traités (du Toisé, d'Aisés, du Tarif), droits d'octroi à l'entrée des impôts, ventes d'offices, "crues" d'impôts…


L’épisode de la Fronde (1648-1653)
Le mouvement parisien: janvier 1648, bourgeois de Paris s'organisent contre la milice. Emeutes, villes s'enflamment, séditions. Mouvement reprend quand les troupes partent. Janvier 1649, le roi doit quitter Paris pour Saint-Germain-en-Laye.
La Fronde parlementaire: Soutient de l'émeute parisienne. Parlementaires refusent d'entériner la création d'une nouvelle charges (but de réduire les officiers). Parlement soutenu par les autres cours financières (aides, monnaies, comptes). Réclament la réunion des Etats généraux. 31 juillet 1648 la reine accorde les articles de la chambre de Paris.
La Fronde nobiliaire: roi ne reçoit aucun soutient de la noblesse qui arme ses troupes sous Condé, Conti et Bouillon. Janvier 1650, reine arrête les princes de Condé et de Conti mais résistance des autres princes. La reine est libérée en 1651, négocie et Mazarin doit quitter la France. Nouvelles émeutes, roi doit de nouveaux quitter Paris. Vaste négociation en 1652 qui rétablit l'ordre. Même année le corps parisien dissout la municipalité. C'est un avertissement des villes françaises qui a un écho considérable. Négociations prudentes avec le Parlement. Nouvelle phase, la noblesse ont bonnes grâces et vont participer au gouvernement de Louis XIV.


Les années Mazarin (1653-1661)
Mazarin a de très précieux collaborateurs qui gèrent les dépenses et les recettes. Son frère dirige la police secrète. Ses amis dirigent également la diplomatie, et la fortune et affaires privées de la reine.
Problème financier car le Trésor est vide. Pratique des assignations et anticipations, emprunts aux banquiers, augmentation des impôts…
Dépression sociale et économique: crise démographique et transferts de propriétés, choc psychique de la comète du 12 août 1654.
Effort politique est intense et soutenu; Mazarin fait l'éducation politique de Louis XIV qui est toujours soumis à sa mère et à son parrain.
Mazarin ne persécute pas les protestants mais la "secte" janséniste politiquement marquée par la Fronde.
Paix des Pyrénées (1659).
Mazarin refait sa fortune, acquis les plus grandes abbayes. Fut également un grand mécène.
Népotisme: Casa et dota sa famille: frère, mazarinettes (ses sept nièces)…
Mais derrière la perspective "d'or et de délices" offerte par Paris et la cour, il y a la misère et la calamité des provinces.



« L’Etat c’est moi » (citation apocryphe) : 
La monocratie de Louis XIV
(1661-1715)


« Tout l’Etat est en lui » (Bossuet) : un règne personnel

La décision de gouverner seul
C'est une résolution. Innovation de 1661 par volonté de rompre avec le ministériat (Richelieu puis Mazarin). C'est également un tournant car arrestation de Fouquet et l'ascension de Colbert.
Il en fait une règle politique pour ses successeurs: aucun ministre pour ce règne.
Disparition du surintendant des finances après Fouquet mais apparition d'un contrôleur général des finances en 1664.
C'est une façon pour Louis XIV de se revendiquer la parenthèse absolue.


La soumission de la société
Surveillance de la noblesse à travers la cour. Gouvernements ne sont plus systématiquement distribués aux princes de sang. Avec Versailles, où la cour déménage en février 1682, le roi peut surveiller ses amis, ennemis et obtenir des pensions.
Dès 1665 les cours ne sont plus souveraines mais "supérieure". Le parlement doit enregistrer sans discuter les décisions royales.
Ordre public assuré par le parlement, prévôt des marchands et châtelet. Louis XIV établit un "lieutenant général de police" en 1667 pour veiller à la "sûreté de la ville": objectif de détruire la cour des miracles et des foyers de délinquance au cœur de Paris, lutte contre les épidémies et les incendies.


Pouvoir absolu: autorité absolue?
Roi dispose d'une fonction absolue (pas totalitaire mais dégagée de toute entrave): "réunir en moi seule toute l'autorité de maître" (Louis XIV).
Concentration des pouvoirs. Le roi s'informe de tout pour décider en connaissance de cause: enquêtes, correspondances.
Le roi s'occupe de toutes les affaires importantes: fort pouvoir de décision. Profusion d'éléments qui font de lui un roi omniscient. Après la chute de Fouquet, il organise lui-même les dépenses.


Gouvernement et administration

Restructuration du gouvernement
Louis XIV se pose comme chef du gouvernement dans toutes les situations.
Chancelier ne peut rien sceller sans son accord, il est chargé de la rédaction des textes de lois et les sceller. Il est l'incarnation de la justice du roi, il est inamovible. Il ne porte pas le deuil lorsque le roi meurt car la justice demeure. Louis XIV amoindrit son pouvoir: il ne siège plus dans le Conseil d'en haut et on lui retire les prérogatives financières.
Surintendant: jusqu'en 1661, il a autorité sur l'administration. Charge supprimée en 1661 mais création d'un conseil des finances et du titre de contrôleur général des finances.
Secrétaires d'Etat: pouvoir renfermé par la disparition de la surintendance. Ils ont des compétences "thématiques", mais aussi la correspondance, centralisation des pouvoirs royaux.


Les conseils
Conseil des dépêches: conseil technique.
Conseil des partis: justice retenue du roi.
Conseil des finances dès 1661.
Conseil de la rpr et de cs.

Le choix des offices
Les juges sont des officiers.
Le roi choisi les intendants.
Les conseillers doivent être en nombre restreint.
Le roi choisi des officiers parmi la roture.


Le temps de l'intolérance et des guerres: la fin d'un règne

La révocation de l'Edit de Nantes (1685)
Louis XIV prend très à cœur son rôle de "roi très chrétien". Une seule religion doit exister en France: le catholicisme.
Arrêt du 25 juin 1680 qui interdit de se convertir du catholicisme au protestantisme. Louvois et intendants convertissent le plus possible (épisode des "dragonnades").
17 octobre 1685, Louis XIV révoque l'édit de Nantes par l'Edit de Fontainebleau. Les protestants n'ont plus le droit d'exercer le culte et les enfants doivent être baptisés et élevés dans la religion catholique.
Nombreux protestants restent secrètement fidèles au protestantisme et beaucoup s'exilent et aident les princes protestants des pays étrangers. Louis XIV est alors perçu comme un "tyran".
Le protestantisme ne disparaît pas pour autant: il se réorganise et dès 1686 apparurent les "assemblées du désert" (culte en plein air dans des lieux écartés).


La ligue d'Augsbourg et la succession d'Espagne
But de la politique française de faire reconnaître définitivement les réunions par un traité. France conquiert Palatinat et Allemagne rhénane, ce qui mobilisa l'Empire. Le 11 décembre 1688, l'empereur déclare la guerre. France lève donc des contributions dans les pays occupés. France n'était pas prête à un conflit général, elle est à la fois défensive et offensive. Essentiellement une guerre sur mer. Sur terre elle est plutôt défensive.
Problèmes financiers et changements gouvernementaux car Seignelay et Louvois. Nouveautés: tirage au sort de la milice dans la population (armée de réserve).
1692: campagne et défaite navale. Victoires sur terre en 1693.
Nécessité d'une paix urgente car situation européenne de plus en plus dominée par la question de succession en Espagne. Coalition menée contre Louis XIV s'engageât à défendre les intérêts de l'empereur.
Traité du 21 septembre 1697 qui annonce paix entre les pays, brusquée par Louis XIV.


La fin d'un règne
Dernières campagnes du roi pour réagir aux "guerres psychologiques". Poids important de la propagande et de l'espionnage contre Louis XIV.
Crise de 1693 et de 1694 où le climat fut désastreux et les populations souffrirent du froid et du mauvais temps. Engendra une grave crise économique.
Administration renforcée par Louis XIV permit de mieux connaître la France, donc de mieux la contrôler.
Situation intérieure du royaume: dépenses dans guerre qui coûte cher donc création de nouveaux impôts, création d'offices et mise en circulation de billets de monnaie à intérêts. Crise économique sous la pression fiscale surtout sur la masse rurale. Des révoltes dans les campagnes réapparurent donc.
Dernières persécutions contre le jansénisme car le roi, à l'approche de sa mort, souhaitait achever sa tâche de prince chrétien. En 1714, il voulu imposer son autorité mais fut frappé par la maladie.


L’hôtel particulier parisien au XVIIe siècle : l'hôtel de Sully.

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« Tant d'appartements differends Si beaux, si riches et si grands De pavillons,
de galleries, De basses cours et d'écuries Ces alcoves et ces sallons, Ces
dorures et ces plafons ; Doivent par leur magnificence Rendre honteux les Roys
de France. »
(Furetière, le voyage de Mercure)





Situation.





L’hôtel de Sully se situe aujourd’hui au 62 rue Saint-Antoine, dans le 4e arrondissement de Paris. Il abrite depuis 1965 la Caisse nationale des monuments historiques et des sites. Il est alors un établissement public rattaché à la direction du patrimoine (Ministère de la Culture).




L’hôtel se situe sur la rue Saint-Antoine entre la place de la Bastille et la place de l’Hôtel de Ville de Paris, dans le quartier du Marais.







Un hôtel particulier dans le quartier du Marais.






« Les habitations des particuliers prennent différents noms selon les différents
états de ceux qui les occupent. On dit la "maison" d'un bourgeois, l'"hôtel"
d'un grand, le "palais" d'un prince ou d'un roi. L'hôtel est toujours un
bâtiment annoncé par le faste de son extérieur, l'étendue de son embrassé, le
nombre et la diversité de ses logements, et la richesse de sa décoration
intérieure. »



(Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des Métiers)









Le quartier du Marais au XVIIe siècle :



Vallée marécageuse, le quartier du Marais connu ses premières occupations royales dès le XIVe siècle avec l'hôtel de Saint-Pol et le palais des Tournelles.



Ce quartier était traversé par la rue Saint-Antoine qui était une artère de l'est de la capitale et parcours des entrées royales dans la ville car elle menait de la porte Saint-Antoine, à place de la Bastille à la place de l'Hôtel de Ville.






Un quartier où « il est désormais de bon ton d’avoir son hôtel » :



> Le quartier du Marais fut rendu à la mode au XVIIe siècle par le projet de lotissement de la place des Vosges. C’est également le laboratoire de ce qu’on appelle traditionnellement l’"hôtel entre cour et jardin". En effet, tandis que la ville médiévale n’offrait pas toujours de terrains réguliers, obligeant à des plans compliqués, le Marais était au contraire, encore largement un vaste champs à bâtir, avec un terrain plat et des rues neuves rectilignes.




> Il faut également souligner, qu’à cette époque la monarchie entre dans son âge administratif ; le roi gouverne donc désormais avec l’appui d’une puissante administration. Celle-ci est composée de nobles de robe, c'est-à-dire des bourgeois ayant achetés une charge et ayant été anoblis au service de l’Etat ; ils ont donc moins besoin d’un château en province comme ceux de la noblesse d’épée, que de résidences urbaines, proches du Pouvoir, qui se sédentarisent et se centralisent à la fois.





La construction.




> L'hôtel fut édifié de 1625 à 1630 sur les plans de Jean Ier Androuet du Cerceau par le maître maçon Jean Notin pour le banquier Mesme-Gallet du Petit Thouars qui l’avait acquit en 1624. Il fut construit avec un jardin et une orangerie donnant accès à la place Royale (aujourd'hui place des Vosges).



> Vendu inachevé au créancier de Mesme-Gallet, Jean Habert le 27 avril 1628, ce dernier acquit également l’hôtel de la Mouffle et quelques autres immeubles, ce qui permit à l’hôtel de Sully d’avoir une façade sur la rue.



> Maximilien de Béthune, premier duc de Sully, ancien ministre des finances et surintendant des bâtiments d'Henry IV en devient propriétaire en le rachetant le 23 février 1634. Il en acheva le décor, y fit construire le Petit hôtel de Sully au fond du jardin et y vécut ses dernières années.

Un hôtel « à la française » :



> L'hôtel est de plan classique : le corps de logis principal s'élevant entre cour et jardin, ce qui caractérise l’hôtel « à la française ». Il est également constitué d’un plan en U avec deux ailes sur cour, terminées par deux pavillons sur rue reliés par une terrasse.



> Fidèle à la silhouette française, les corps de logis sont couverts de combles droits à croupes, avec des lucarnes de pierre et de hautes cheminées. Faute de place il ne dispose cependant pas de deux cours séparées comme l’hôtel Carnavalet, mais d’une seule qui donne sur les communs et une courette pour le fumier. A ceci il faut ajouter un archaïsme : l’escalier principal, pivot de la distribution est placé au centre du logis, il coupe donc les appartements en deux.



> L’hôtel de Sully est un très bon exemple de l’hôtel aristocratique français du début du XVIIe siècle, dont on pouvait trouver de nombreux exemples dans le quartier du Marais, de par ses éléments caractéristiques comme les hautes toitures éclairées de lucarnes, la symétrie des façades, l’alignement vertical des fenêtres surmontées de frontons ou encore les deux pavillons qui encadrent le portail côté rue.

L’aménagement intérieur au temps du duc de Sully (1634 – 1641) :
Selon le schéma traditionnel le logis principal était séparé de ce qui servait la fonction matérielle, les services étant relégués dans les ailes de la cour (cuisine malodorante, écuries…).




Entre tradition et nouveauté.



Une particularité de l’aménagement intérieur : > Contrairement à la coutume qui laissait généralement l'étage noble à l’épouse, l’appartement du duc de Sully s’y trouve. La pièce principale est en effet divisée en deux, ce qui lui permettait de faire patienter ceux qu’il recevait.
> Un « cabinet doré », aménagé par le duc, complétait cet appartement.



Un hôtel entre tradition et nouveauté : > L'hôtel constitue un remarquable exemple de ce que l'on a appelé la « tentation baroque ». Son plan est classique, caractéristique de l'art français : un logis centré construit sur un axe unique), entre cour et jardin (l'éloignement de la rue étant recherché), précédé de deux ailes qui rejoignent deux pavillons ; on pourrait en dire autant de son élévation rigoureusement symétrique ce qui est une nouveauté. En revanche, la richesse de la décoration sculptée de ses façades laissent apparaître une influence baroque (frontons triangulaires en plein cintre, lucarnes flanquées de volutes, figures allégoriques en haut-relief).
> Il y a une égalité dans la hauteur des ailes et du logis principal, ce qui est une nouveauté
> A la différence des célèbres pavillons de la place des Vosges, aux murs de briques et aux ouvertures encadrées de pierre de taille, l’hôtel de Sully annonce la composition classique par l’emploi de la pierre de taille. Malgré que très coûteux, cela va devenir l’usage courant par la suite.
> La nouveauté de l’édifice résidait dans la richesse de la décoration qui a survécu et qui rappelle celle de l'hôtel Carnavalet avec ses figures allégoriques et ses lucarnes élaborées. Cependant cela contraste avec la rigueur de la composition ; en effet, les motifs ornementaux maniéristes sont représentatifs de la fin de la Renaissance (têtes de femmes, allégories des éléments et des saisons, motifs végétaux).



Conclusion et bibliographie.



> Après la Révolution, il tombe entre les mains de négociants, devenant un immeuble de rapport. Il reçu dès lors de multiples transformations pour abriter commerces, artisans et autres locataires.
> Au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe siècle, il tombe en décadence. On construit d’ailleurs au dessus de la terrasse centrale, un corps de logis de style néoclassique, possédant un balcon sur toute sa largeur. Au rez-de-chaussée sont percées des boutiques avec des devantures de style néo-ogival. L’hôtel est classé monument historique en 1862, l'hôtel allait alors renaître grâce à de nouveau propriétaires plus soucieux de sa conservation. Il fut ensuite racheté par l'Etat en 1944 et devient le siège de la Caisse nationale des Monuments historiques et des Sites. On y entreprit alors une longue campagne de restauration qui s'acheva par la remise en état de l'Orangerie en 1973.
> Fragment du règne des premiers Bourbons au cœur de la métropole contemporaine, l'hôtel de Sully intrigue avec sa façade de pierre au milieu du rideau gris l'entourant. Il est une horloge arrêtée. Ouvert, on le traverse de toute sa longueur sans rencontrer d'obstacles, quittant la "grand'rue" pour s'enfoncer dans la passé, dans un jardin du siècle de Louis XIII.
> Alliant décors anciens et aménagements contemporains, il est un symbole des visions successives envers ce lieu et un exemple de vie d'un Monument historique.


░ J. COLSON et M.-C. LAUROA, Dictionnaire des monuments de Paris, Hervas, Paris, 1992.
░ DIDEROT et D'ALEMBERT, Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des Métiers, Pergamon Press, New York, 1989.
░ A. GABRIEL, Guide de l'architecture des monuments de Paris, Alternatives, Paris, 1998.
░ J.-M. PEROUSE DE MONTCLOS, Paris, Hachette, Paris, 1994.


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